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Icone d'une famille adoptive _ Emmanuel-SOS-Adoption Témoignage de Serge et Diane et de leurs 6 enfants

Il y a des familles qui se forment dans l'évidence, et d'autres qui se construisent dans la foi — foi en la vie, foi en l'amour, foi en chaque enfant qui croise votre route. La nôtre appartient à cette deuxième catégorie. Et nous n'échangerions ça pour rien au monde.

Serge et moi, on ne s'était pas dit « on adoptera ». On s'était dit « on aimera ». Et l'amour, il a une façon bien à lui de dessiner les familles.

Aujourd'hui, nous sommes huit. Huit à table le soir. Huit paires de chaussures dans l'entrée — dans tous les formats, dont certaines orthopédiques. Huit histoires entremêlées, parfois bruyantes, souvent émouvantes, toujours précieuses.

Ambre et Phèdre sont nées de nous, dans la douceur d'une chambre de maternité. Nos deux filles « faites maison », comme on dit avec tendresse dans la famille — avec leur caractère bien trempé, leur complicité de sœurs, et cette façon qu'elles ont de tenir la maison debout quand les journées sont longues. Puis sont venus Cantor, Enguerrand, Amaury et Eryne — quatre enfants adoptés, quatre arrivées qui ont chacune bouleversé notre monde dans le meilleur sens du terme. Les adopter, ce n'était pas « sauver » qui que ce soit. C'était reconnaître que ces enfants nous appartenaient, quelque part, depuis toujours. Que nos bras avaient exactement leur forme.

Cantor, notre tornade adorée, est hyperactif. Il ne marche pas — il galope. Il ne parle pas — il proclame. Il ne joue pas — il invente des univers entiers à une vitesse qui nous laisse pantelants. Avec lui, la maison n'est jamais silencieuse, et on a appris que le silence, finalement, c'est très surfait. Cantor nous a appris à vivre à plein régime, à trouver la beauté dans le mouvement perpétuel, à ne jamais, jamais s'ennuyer.

Amaury et Enguerrand jumeaux, sont autiste. Leurs regard sur le monde est d'une précision et d'une profondeur qui nous laissent parfois sans voix. Ils remarque des choses que nous ne voyons plus — la façon dont la lumière traverse le store le matin, le rythme exact de la pluie sur la fenêtre. Avec Amaury et Enguerrand, on a réappris à regarder. Vraiment regarder. C'est un cadeau inestimable.

Et puis il y a Eryne, notre petite soleil à trisomie 21. Elle possède cet amour du monde — pas la joie polie, non, la joie qui déborde, qui chante fort en dehors des clous, qui dit bonjour à chaque inconnu dans la rue avec une sincérité désarmante. Eryne aime sans calcul, sans retenue, sans condition. Elle nous rappelle, à nous les grands avec nos complications d'adultes, que c'est pourtant si simple, au fond, d'aimer.

Est-ce que c'est facile ? Non. Soyons honnêtes.

Il y a des nuits blanches, des rendez-vous médicaux qui s'enchaînent, des formulaires administratifs qui semblent ne jamais finir, des moments où on se regarde, Serge et moi, épuisés jusqu'aux os, et où on se demande comment on va tenir. Il y a des deuils aussi — des deuils d'une certaine idée de la « normalité », de cette vision lisse et sans aspérités que la société nous vend parfois comme idéal de famille.

Mais il y a surtout — et ça dépasse tout le reste — une plénitude qu'on ne soupçonnait pas. Une richesse humaine rare et précieuse. Nos six enfants nous ont rendus meilleurs, plus patients, plus attentifs, plus humbles. Ils nous ont appris que l'amour n'est pas une ressource limitée. Qu'on n'en donne pas moins à six parce qu'on en donnait à deux. Il se multiplie, tout simplement. Il se réinvente à chaque prénom.

Six prénoms. Six caractères. Six façons d'illuminer une pièce. Six raisons de se lever le matin — même quand la nuit a été courte, même quand le cœur est lourd, même quand on ne sait plus très bien où on en est.

Serge dit souvent que cette famille, c'est son « œuvre de vie ». Moi, je préfère dire que c'est notre maison, au sens le plus profond du terme — un endroit où chacun est accueilli tel qu'il est, où personne n'a à se justifier d'exister, où les différences ne sont pas tolérées, elles sont célébrées.

À toutes les familles qui hésitent, qui ont peur, qui se disent qu'elles n'auraient « pas les épaules » — on voudrait vous dire juste ceci : les épaules, elles grandissent avec l'amour qu'on leur confie. Et il n'y a pas de plus beau cadeau qu'un enfant qui choisit de vous appeler maman ou papa.

Nous, on a eu cette chance six fois.

Serge & Diane Fiers, fatigués, et infiniment reconnaissants.



Un immense merci à Jean et Lucette Alingrin et à l'association Emmanuel-SOS-Adoption pour nous avoir confié nos 4 enfants adoptés

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