La Dyspraxie Décryptée
Comprendre et accompagner le trouble de la coordination motrice
Qu'est-ce que la dyspraxie ?
La dyspraxie, également appelée Trouble de l'Acquisition de la Coordination (TAC), est un trouble neurodéveloppemental qui affecte la planification, la coordination et l'exécution des gestes volontaires. Les personnes dyspraxiques ont des difficultés à automatiser les mouvements et les séquences motrices, ce qui impacte de nombreuses activités de la vie quotidienne.
Motricité fine
Écriture, découpage, boutonnage
Motricité globale
Équilibre, coordination, sport
Coordination visuo-motrice
Viser, attraper, lancer
Organisation spatiale
Se repérer, s'orienter
Les différents types de dyspraxie
Dyspraxie idéomotrice
Difficulté à réaliser des gestes simples sur commande comme saluer, faire un signe, mimer une action. L'enfant sait ce qu'il doit faire mais n'arrive pas à le réaliser correctement.
Dyspraxie idéatoire
Problème dans la séquence et l'enchaînement des gestes pour utiliser des objets. Par exemple, difficultés à utiliser des couverts, à s'habiller dans le bon ordre.
Dyspraxie constructive
Difficulté à assembler, construire, organiser des éléments dans l'espace. Cela affecte les puzzles, les
Dyspraxie visuo-spatiale
C'est la forme la plus fréquente. Elle associe des difficultés de coordination des mouvements à des troubles du regard et de l'organisation spatiale. L'enfant a du mal à explorer visuellement son environnement, ce qui impacte la lecture, l'écriture et le repérage dans l'espace.
Dyspraxie bucco-faciale
Elle concerne les gestes de la bouche et du visage, affectant la parole, la mastication, la déglutition, et parfois les expressions faciales. L'enfant peut avoir une articulation imprécise ou baver.
Dyspraxie de l'habillage
Difficultés spécifiques pour s'habiller, se déshabiller, boutonner, lacer ses chaussures, fermer une fermeture éclair. Ces gestes quotidiens restent laborieux même avec l'entraînement.
Signes et symptômes selon l'âge
- Retard dans les acquisitions motrices (tenir assis, marcher)
- Maladresse importante, chutes fréquentes
- Difficultés à manger seul, à boire au verre
- Problèmes pour empiler des cubes ou faire des puzzles
- Évite les jeux nécessitant de la manipulation
- Grande lenteur dans les gestes quotidiens
- Difficulté à utiliser ciseaux, crayons, pâte à modeler
- Incapacité à faire du vélo, du tricycle
- Problèmes d'équilibre et de coordination
- Évite les activités motrices (sport, danse)
- Difficultés à s'habiller seul, à boutonner
- Écriture illisible, lente et fatigante
- Difficultés en géométrie, en arts plastiques
- Mauvaise organisation du cartable et du bureau
- Lenteur extrême dans les tâches écrites
- Échec dans les sports collectifs
- Perte fréquente d'affaires
- Fatigabilité importante en fin de journée
- Écriture manuscrite toujours difficile
- Difficultés dans les gestes techniques (bricolage, cuisine)
- Problèmes d'organisation et de gestion du temps
- Conduite automobile potentiellement compliquée
- Besoin d'outils compensatoires (ordinateur, GPS)
- Stratégies d'évitement développées
Diagnostic de la dyspraxie
Le diagnostic de la dyspraxie est un processus complexe qui nécessite une évaluation multidisciplinaire. Il est essentiel d'éliminer d'autres causes possibles des difficultés motrices avant de poser le diagnostic.
Les professionnels impliqués
- Psychomotricien : Évalue les compétences motrices globales et fines, l'équilibre, la coordination et le schéma corporel
- Ergothérapeute : Analyse les difficultés dans les activités de la vie quotidienne et propose des adaptations
- Neuropsychologue : Évalue les fonctions cognitives et visuo-spatiales pour identifier les difficultés associées
- Orthoptiste : Examine les mouvements oculaires et la coordination œil-main
- Neuropédiatre : Coordonne le bilan, pose le diagnostic et écarte les pathologies neurologiques
- Orthophoniste : En cas de dyspraxie bucco-faciale ou de troubles associés du langage
Critères diagnostiques
Pour poser un diagnostic de dyspraxie, plusieurs conditions doivent être réunies : les difficultés motrices doivent être significativement inférieures au niveau attendu pour l'âge, elles doivent interférer avec les activités quotidiennes ou la réussite scolaire, les symptômes doivent être présents dès le début du développement, et les difficultés ne doivent pas être expliquées par une déficience intellectuelle, un trouble visuel non corrigé ou une pathologie neurologique.
Prise en charge et accompagnement
Rééducation psychomotrice
La psychomotricité est la rééducation de première ligne pour la dyspraxie. Elle vise à améliorer la coordination, l'équilibre, le schéma corporel et l'organisation spatiale. Les séances, généralement hebdomadaires, utilisent des jeux et des activités progressives pour développer les compétences motrices. L'accent est mis sur la prise de conscience corporelle et l'automatisation des gestes.
Intervention en ergothérapie
L'ergothérapeute travaille sur les activités concrètes de la vie quotidienne et met en place des stratégies de compensation. Il peut proposer des adaptations matérielles comme un plan incliné pour l'écriture, des couverts adaptés, des vêtements faciles à enfiler. Pour l'école, il recommande l'utilisation d'un ordinateur, de logiciels spécifiques et enseigne des techniques pour pallier les difficultés graphiques.
Aménagements scolaires essentiels
Les élèves dyspraxiques nécessitent un Projet d'Accueil Individualisé (PAI), un Plan d'Accompagnement Personnalisé (PAP) ou un Projet Personnalisé de Scolarisation (PPS) selon la sévérité du trouble.
- Accès à l'ordinateur en classe avec traitement de texte
- Photocopies des leçons et cours pour éviter la prise de notes
- Temps supplémentaire pour les évaluations (tiers-temps)
- Réduction de la quantité d'écrit demandée
- Évaluations orales privilégiées quand possible
- Dispense partielle ou totale d'EPS selon les difficultés
- Adaptation des documents (police, espacement, présentation aérée)
Outils et aides techniques
- Ordinateur portable avec logiciels de prédiction de mots
- Tablette avec stylet pour écrire
- Règles et équerre graduées et colorées
- Compas auto-bloquant, ciseaux ergonomiques
- Applications de scan pour numériser les documents
- Synthèse vocale pour la lecture de textes longs
- Agendas visuels et applications d'organisation
Soutien psychologique
L'accompagnement psychologique peut être nécessaire pour préserver l'estime de soi souvent mise à mal par les échecs répétés. La dyspraxie peut entraîner anxiété, démotivation et sentiment d'incompétence. Un suivi permet de valoriser les compétences préservées, de développer des stratégies d'adaptation et de gérer le stress lié aux apprentissages.
Conseils pour les parents
Accordez du temps
Laissez plus de temps pour les activités quotidiennes. Ne le pressez pas et anticipez les moments nécessitant de la motricité.
Simplifiez les tâches
Décomposez les actions complexes en étapes simples. Utilisez des supports visuels pour aider la compréhension.
Valorisez les forces
Identifiez et encouragez les domaines de compétence : créativité, mémoire verbale, raisonnement logique.
- Choisissez des vêtements faciles à enfiler (élastiques, scratchs)
- Privilégiez les activités où l'enfant réussit pour renforcer sa confiance
- Créez un environnement organisé avec des repères visuels
- Communiquez régulièrement avec les enseignants et thérapeutes
- Célébrez chaque progrès, même minime
- Ne comparez jamais avec les frères et sœurs ou camarades
- Acceptez les aides techniques sans culpabilité
Impact sur les apprentissages
La dyspraxie a des répercussions majeures sur la scolarité, bien au-delà des seules difficultés motrices. L'écriture manuscrite est souvent le principal obstacle : lente, illisible et épuisante, elle empêche l'enfant de suivre le rythme de la classe et de restituer ses connaissances.
Les mathématiques posent aussi problème, notamment la géométrie qui nécessite manipulation d'outils, traçages précis et visualisation spatiale. Les tableaux à double entrée, les graphiques et l'alignement des opérations en colonnes sont particulièrement difficiles.
La lecture peut être impactée dans les dyspraxies visuo-spatiales en raison des difficultés de poursuite oculaire et de repérage sur la ligne. L'enfant saute des mots, perd sa ligne, revient en arrière.
Vivre avec la dyspraxie au quotidien
La dyspraxie est un trouble permanent, mais les personnes dyspraxiques développent avec le temps des stratégies de compensation remarquables. L'utilisation des outils numériques, l'organisation rigoureuse et l'anticipation deviennent des alliés précieux.
À l'adolescence et à l'âge adulte, certaines activités restent difficiles comme la conduite automobile qui nécessite de coordonner de multiples gestes simultanés, la pratique de certains sports, le bricolage ou la cuisine. Cependant, beaucoup de dyspraxiques réussissent brillamment dans des domaines valorisant les compétences intellectuelles, créatives ou relationnelles.
L'orientation professionnelle doit tenir compte des difficultés motrices et privilégier les métiers où l'expression orale, la réflexion, l'analyse ou la créativité sont essentielles plutôt que la dextérité manuelle.
Témoignages d'adultes dyspraxiques
De nombreux adultes dyspraxiques témoignent d'un parcours certes semé d'embûches, mais riche en réussites. Certains deviennent enseignants, avocats, informaticiens, journalistes ou artistes, prouvant que la dyspraxie n'empêche pas l'épanouissement professionnel et personnel.
Besoin d'un diagnostic ou d'accompagnement ?
Consultez un professionnel de santé pour une évaluation complète. Plus la prise en charge est précoce, meilleurs sont les résultats et l'adaptation.
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